OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Sarkozy ne se voit pas vieillir http://owni.fr/2012/04/03/sarkozy-ne-se-voit-pas-vieillir/ http://owni.fr/2012/04/03/sarkozy-ne-se-voit-pas-vieillir/#comments Tue, 03 Apr 2012 20:29:17 +0000 Pierre Leibovici et Grégoire Normand http://owni.fr/?p=104672 OWNI / i>TELE , l'écart entre Marine Le Pen et le candidat sortant n'est plus que de 1,3 point. Or, c'est ici la place du candidat le moins crédible du Véritomètre qui se joue !]]>

Une fois n’est pas coutume, Marine Le Pen est la seule candidate à gagner des points dans le classement quotidien du Véritomètre, permettant de vérifier l’exactitude des déclarations chiffrées ou chiffrables des six principaux candidats à l’élection présidentielle. Toujours premier, Jean-Luc Mélenchon perd 1,3 point après son intervention sur France Info le 29 mars dernier, tandis qu’avec 42,9% de crédibilité, Marine Le Pen se fait de plus en plus menaçante pour Nicolas Sarkozy, qui stagne à 44,2%. La plus lourde chute est pour le candidat MoDem, François Bayrou, dont l’indice perd 4,7 points en seulement un jour.

Au cours des dernières 24 heures, l’équipe du Véritomètre a vérifié 51 citations chiffrées des candidats à l’élection présidentielle. Résumé des quelques faits chiffrés qui ont retenu notre attention.

Trop-plein de vie chez Nicolas Sarkozy

L’heure est au recyclage des données pour le président sortant. Et surtout de celles qui ont servi d’arguments clés au cours de son quinquennat, comme l’augmentation de l’espérance de vie, très utilisée par la majorité pour justifier la réforme des retraites de novembre 2010. Ainsi, dans l’émission Parole de candidat du 12 mars dernier, comme lors de son discours du 2 avril à Nancy, Nicolas Sarkozy l’a martelé :

(…) Nous gagnons un trimestre d’espérance de vie par année.

L’évolution de l’espérance de vie à la naissance a fait l’objet d’une publication de l’Insee pour les années 1994 à 2011 : durant cette période en France, les hommes sont passés de 73,6 ans d’espérance de vie à la naissance à 78,2 et les femmes de 81,8 à 84,8 ans. Si on considère que les propos du candidat couvrent la période récente, il suffit de calculer la moyenne des gains d’espérance de vie entre 2001 et 2011 pour constater qu’hommes et femmes ne sont pas logés à la même enseigne quand il s’agit de bénéficier des progrès de la médecine : tandis que sur cette période, les hommes ont gagné en moyenne 3 mois et 8 jours d’espérance de vie chaque année, les femmes n’ont vu leur espérance de vie augmenter que de 2 mois et 5 jours.

Le gain moyen pour les deux sexes a été de 2 mois et 21 jours, soit 11% de moins qu’annoncé par Nicolas Sarkozy.

Eva Joly pointilleuse sur les particules

La donnée originale du jour vient d’Eva Joly, qui s’est exprimée sur un sujet peu mobilisateur en temps de campagne présidentielle, et d’ailleurs déjà traité par OWNI, les particules fines. Invitée de Jean-Jacques Bourdin lors de la matinale de RMC, vendredi 30 mars dernier, la candidate Europe-Écologie Les Verts a ainsi déclaré :

Cette situation [la pollution aux particules fines] qui nous coûte 7 ou 8 mois [d'espérance] de vie (…)

Le bilan de la qualité de l’air pour l’année 2009 [PDF] publié en juillet 2010 par le ministère de l’Écologie et du Développement durable précise justement “cette situation”. Reprenant une étude européenne réalisée pour le programme CAFE (Clean air for Europe), le document indique (page 25) que plus de 40 000 décès survenus en France en 2000 étaient en relation avec l’exposition chronique aux PM2,5 (seuil toléré par l’Organisation mondiale de la Santé pour les particules fines de diamètre inférieure à 2,5 micromètres), liés à l’activité humaine.

Soit une perte moyenne d’espérance de vie de 8,2 mois, en conformité avec les propos d’Eva Joly.

François Bayrou à l’affût sur la pauvreté

Tantôt obsolètes, tantôt tout juste sorties de terre : ainsi va la vie des données utilisées par les candidats durant cette élection présidentielle. Dans le discours qu’il a prononcé à Perpignan le 29 mars dernier, François Bayrou a opté pour la deuxième catégorie :

Ce matin, comme vous le savez, est sortie une étude qui montre que, en France, nous avons, désormais, 11 millions de pauvres.

Bien informé, le candidat MoDem a fait référence au rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale [PDF] – un organisme public créé en juillet 1998 – publié le jour même de ce discours.

L’étude confirme (page 103) le constat de François Bayrou : en 2010, 11,2 millions de personnes vivaient en situation de pauvreté monétaire ou appartenaient à un ménage en très faible intensité d’emploi en France.


Les vérifications des interventions sont réalisées par l’équipe du Véritomètre : Sylvain Lapoix, Nicolas Patte, Pierre Leibovici, Grégoire Normand et Marie Coussin.
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Illustrations par l’équipe design d’Owni /-)

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Un air de particules http://owni.fr/2012/02/28/un-air-de-particules/ http://owni.fr/2012/02/28/un-air-de-particules/#comments Tue, 28 Feb 2012 07:38:51 +0000 Dorothée Descamps http://owni.fr/?p=99658

La semaine dernière, le 24 février, deux décrets visant à lutter contre la pollution atmosphérique sont rentrés en vigueur, pour permettre la mise en place des Zones d’actions prioritaires pour l’air (Zapa). L’objectif est de faire diminuer le taux de polluants émis par les pots d’échappement dans et autour des agglomérations les plus exposées.

C’est-à-dire : Paris, Saint-Denis, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Nice et Aix-en-Provence. À terme, dans ces huit villes, l’enjeu est de restreindre voire d’interdire, à certaines conditions, la circulation des véhicules les plus émetteurs de particules ou d’oxydes d’azote. Cette mesure ne concernera pas les véhicules d’intérêt général, ceux relevant du ministère de la défense ou encore ceux portant une carte de stationnement pour personnes handicapées.

Pour tous les autres, l’un des textes précise les sanctions prévues en cas d’infraction, 135 € pour les poids lourds, les bus et autocars, 68 € pour les véhicules légers. Mais attention, ces textes ne seront pas d’application immédiate. Pour leur mise en œuvre systématique, un troisième décret est prévu dont la date de sortie a été repoussée au premier semestre 2013.

Le projet Zapa est un axe phare du plan Particules, paru en 2007. Un programme de lutte contre la pollution de l’air par les particules, et ses conséquences sur la santé, en droite lignée des recommandations du Grenelle de l’environnement. Un bilan à mi parcours de ce plan, présenté le 7 décembre dernier par le ministère de l’Écologie, permettait de mesurer l’étendu du chantier juridique qui restait à réaliser.

Pourtant, la réalité de la pollution observée inviterait plutôt à accélérer ces processus. Le 6 février, Airparif signalait le dépassement d’un premier seuil d’alerte aux particules fines en Île-de-France. La vague de froid qui sévissait a entraîné sur l‘ensemble du territoire nombre de rapports sur une concentration anormalement élevée de ces polluants dans l’air. En cause, des couches d’air non brassées et un anticyclone persistant.

Ces particules fines sont dénommées PM2,5, en raison de leur diamètre inférieur à 2,5 micromètres. Une taille infime qui leur permet, en cas d’inhalation, de pénétrer jusqu’au niveau des alvéoles pulmonaires. Un risque pour la santé dénoncé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime que 1,3 millions de décès dans le monde seraient imputables à la pollution de l’air en zone urbaine.

Le plan Particules, pour s’aligner avec les directives européennes, préconise d’atteindre un taux de PM2,5 de 15 microgrammes par mètres cube d’air (μg/m3). À partir de 2015, la nouvelle valeur cible sera de 10μg/m3. L’objectif est de correspondre aux conseils pressants de l’OMS en termes de lutte contre la pollution de l’air :

Pour Patrice Halimi, Secrétaire général de l’Association santé environnement france (ASEF), descendre sous la barre des 10μg/m3 sera difficilement réalisable. Et pourtant :

Les microparticules émises par les véhicules diesel, sont entre autre reconnues comme cancérigènes, irritantes et allergènes. En 2007, l’étude ISAAC réalisée dans six villes françaises sur près de 8 000 enfants, a démontré l’effet de la pollution atmosphérique sur le développement de l’asthme et des allergies. Les enfants résidant depuis huit ans dans des zones à pollutions élevées ont 3 fois plus d’eczéma, 1,5 fois plus d’asthme et presque 2 fois plus d’asthme à l’effort !

Pour déterminer l’influence au long terme de ces particules fines, l’Institut de veille sanitaire (InVS), a coordonné de juillet 2008 à mars 2011 le projet Aphekom. Ce dernier a permis d’établir les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique dans 12 pays européens.

Nombre moyen de mois de vie gagnés si les 25 villes de villes à l’étude baissaient le taux de concentration jusqu’à atteindre le taux de 10μg/m3.

Les chiffres de l’Agence nationale de sécurité sanitaire(Anes) montrent que, pour l’année 2002, les particules fines auraient causé 600 à 1 100 décès par cancer du poumon et 3 000 à 5 000 décès par maladies cardiorespiratoires. Des chiffres alarmants qui pourraient donc être considérablement réduits même si à l’heure actuelle aucun seuil n’a été déterminé en dessous duquel les PM2,5 n’auraient aucun impact sur la santé. En cas de pics de concentration, comme ce fut le cas lors de la période de grand froid, les incidences sur la santé s’observent rapidement :

En moyenne sur une année, on observe que les jours où les concentrations de particules fines sont élevées, les hospitalisations augmentent, de même que les taux d’infarctus ou d’AVC. Ainsi, une hausse de 10 µg/m3 de la dose journalière entraîne en moyenne deux fois plus d’hospitalisations d’enfants et de personnes âgées.

Une synthèse sur l’estimation des hospitalisations en urgence en temps de pollution atmosphérique corrobore les propos de Patrice Halimi. L’un de ces co-auteurs, Sabine Host de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France souligne toutefois que de nombreuses dispositions sont prises pour réduire le taux de PM2,5 – en théorie.

Les sources à l’origine des particules fines sont multiples. L’effort est surtout mis sur des mesures de restrictions au niveau des sources fixes comme les usines, les chaufferies… Il y a aussi des plans de déplacements urbains qui vont réguler l’utilisation de la voiture en ville ou encore le projet Zapa mais aussi une nouvelle régulation sur la biomasse et l’interdiction des déchets verts.


L’étude des sources aide à trouver des situations répondant à des conditions spécifiques. D’après le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), en 2009, les émissions à l’origine des PM2,5  en France proviendraient de ces différentes sources :

Ces 35% du secteur résidentiel/tertiaire souligne l’importance de sources de pollution qui restent malgré tout peu régulées. Elles concernent notamment les particules fines émises par le chauffage au bois des habitations. Si des mesures de restrictions sont difficiles à mettre en place, des initiatives voient le jour comme le label Flamme Verte qui favorise l’installation de dispositifs de chauffage moins polluants.

Cette multitude de sources, dont les proportions varient selon le positionnement géographique, et l’effet de dispersion des particules fines dans l’atmosphère mettent en évidence une autre conséquence : la pollution ne s’arrête pas à la porte de la maison.

Les transferts entre air extérieur et air intérieur existent. Il est impossible de déterminer le taux de particules fines dans une habitation ou un bureau car les situations diffèrent d’un endroit à un autre. Un logement mal isolé va permettre plus d’échanges, et inversement. Mais paradoxalement cela veut dire qu’un habitat qui va avoir peu de transferts peut aussi concentrer les polluants à l’intérieur.

Si la pollution extérieure impacte la pollution intérieure, il est indéniable que, outre les résidus de combustion, les produits ménagers, le bricolage, le tabac le cas échéant, font également partie des agents dangereux. Les études sur les éléments précis qui composent ces poussières, d’origine intérieure ou extérieure, font cruellement défaut.  Le manque de données précises crée un flou qui se répercute sur l’état des connaissances portées aux consommateurs. Une situation que dénonce Patrice Halimi :

Ce qu’il faut prendre en compte, c’est que nous respirons au quotidien un air pollué ! Il est donc primordial d’informer le grand public.

Le bilan à mi parcours du plan Particules a montré que l’essentiel de la communication aux particuliers réside en la diffusion de plaquettes. La sensibilisation sur les émissions polluantes dues au système de chauffage est quant à elle confiée aux “professionnels de la maintenance”.

Si la lutte contre la pollution aux particules fines passent naturellement par l’effort de réduction des émissions, il n’est pas fait mention des possibilités de purification de l’air. Car des solutions comme une aération pouvant filtrer le PM2,5 sont envisageables mais restent coûteuses et nécessitent un entretien régulier.


Photo par Wa So/Flickr (CC-byncnd)

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