OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les data en forme http://owni.fr/2012/09/04/les-data-en-forme-episode46-merci-marie/ http://owni.fr/2012/09/04/les-data-en-forme-episode46-merci-marie/#comments Tue, 04 Sep 2012 10:12:00 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=119387 Owni prend la route avec l'ami Kerouac, se met plein de bulles data dans la tête, plonge dans des océans perpétuels un peu planants et ouvre bien grand les yeux sur ce fichu pétrole, source de tous nos maux passés et à venir.]]> Jack Kerouac a écrit son fameux roman Sur la route en trois semaines sur un rouleau de téléscripteur de 35 mètres de long. D’un trait. Sans marge ni paragraphe. C’est à partir de là que Stefanie Posavec (qui a déjà bossé avec David McCandless sur l’infographie “Droite/Gauche“, si si, vous connaissez sûrement) a eu l’idée de cette très jolie infographie.

La méthodologie est simple : chaque mot du bouquin vaut 0,85 millimètre et chaque nouvelle phrase est célébrée par un virage à droite. Tandis que chaque sujet est fêté par un changement de couleur. Le résultat est juste fascinant. On allait dire planant.

Walmart partout, Walmart nulle part

On reste chez l’Oncle Sam, en moins poétique, pour la prochaine dataviz qui s’appelle “l’invasion Walmart“, du nom de ce “petit” supermarché étasunien qui superdomine le paysage de superconsommation de l’autre côté de l’Atlantique. À l’origine, un journaliste économique qui met à disposition un jeu de données [en] avec la localisation géographique de tous les magasins de la marque aux USA avec leur date d’ouverture. Plusieurs projets ont pu voir le jour grâce à cette libération de données. Et notamment celle du biostatisticien Corey Chivers [en], qui a pondu avec le logiciel R une visualisation de l’évolution de l’ouverture des magasins Walmart à travers le temps et l’espace. Le résultat est plutôt… moche, mais l’important est l’intention et l’efficacité. La couche de beau peut (ou pas, avis aux gmappeurs) venir dans un second temps.

Titi et le beau Romney

Ouvrons à présent la minute “Elections US” (ça va être data-tendu jusqu’en novembre, autant se le dire). Facebook et CNN s’associent pour délivrer leurs “aperçus” de l’élection en dressant une application interactive rouge et bleue [en] qui suit la popularité des candidats Obama et Romney (ainsi que leur vice-président) sur le plus social des réseaux. Le dispositif n’est pas révolutionnaire (cela dit, on est sur CNN, donc le risque de révolution était faible), mais il est proprement réalisé. La vérité, si c’est sur Facebook que la Maison Blanche se joue… ça va être serré.

Des bulles des bulles des bulles

Toujours aux States. Les élections vues par le New York Times, avec cette très belle dataviz décrivant “le chemin qui se construit vers la victoire” grâce à une série d’hypothèses en bulles [en] : chaque état est représenté par une couleur (bleue pour Obama, rouge pour Romney) de différente intensité selon la “solidité” de l’électorat vis-à-vis du candidat. Selon les scénarios proposés, on découvre la situation des deux partis au regard des possibilités : où sont les états qui peuvent faire pencher la balance, quel a été le comportement de ces états-clés il y a 4 ans, etc. Une belle brochette de “au cas où” qui permet d’anticiper les enjeux de manière très claire. Bref, du gros NYTimes comme on l’aime.

Autre exercice délicieux proposé par le roi du datajournalisme, cette couverture de la convention républicaine par le biais d’une analyse lexicale [en] joliment rendue via… des bulles, ici aussi.

Le principe : récupérer le verbatim de tous les discours de la fiesta éléphantesque chez Federal News Service et mettre en scène les mentions des différents concepts, thèmes, personnalités sous forme d’une visualisation épurée. Le nuage de mots-clés en version interactive, où le clic sur la bulle affiche l’ensemble des mentions situées dans l’ensemble des discours. Du bel œuvre – qui ravira même les enfants, les bulles pouvant être déplacées.

Pour en finir avec les bulles, une petite dernière pour la route, cette infographie sur les Jeux paralympiques [en] concoctée par The Telegraph. Techniquement moins impressionnante que les deux premières visualisations (on pourra notamment regretter l’emploi du Flash), elle part toutefois d’une bonne intention de vouloir offrir une lecture synthétique de l’information. Ce qui est quand même ce qu’on demande prioritairement à ce type de prestation. L’application est par ailleurs mise à jour toutes les 5 minutes.

Apparemment le courant passe

La NASA, ce n’est pas que des photos de Mars en haute résolution ou des clichés photoshopés de l’autre bout de l’univers. Un des nombreux satellites en orbite est un pourvoyeur infatigable de big data, traitées et mise en animation par le Studio de Visualisation Scientifique (SVS).

Et, parmi leurs nombreux projets, celui – fascinant – répondant au petit nom de ECCO pour Estimation de la Circulation et du Climat des Océans, dont on vous a déjà parlé en avril. En un mot : comprendre comment fonctionnent les courants marins grâce à des modèles mathématiques bien costaud et un rendu tout autant trapu. Le résutat : le (petit) film Perpetual Ocean, hypnotisant.

Pour compléter cette mise en joie, on pourra désormais mieux appréhender les tenants et les aboutissants du projet grâce à l’entretien du patron su SVS [en] réalisée par Mashable.

Pas d’inquiétude, on a PLEIN de pétrole

Et on va rester dans le film d’animation pour refermer cette veille avec le petit travail data-engagé [en] de l’institut PostCarbon qui s’insurge à sa manière contre une forme de négation du peak oil (le pic pétrolier) qu’il considère comme de la propagande consumériste. Et qu’il tente – avec ses moyens – de contrer en usant de son indéniable talent de narration. On se laisse donc envoûter par ce petit objet drôlement bien fait, même si ça cause anglais.

Lecture de la rentrée

Chez Owni et principalement au pôle “data”, on aime beaucoup la cartographie. On ne saurait donc mieux vous conseiller de lire l’interview de Gaël Musquet, président d’OpenStreetMap France chez nos amis de Data Publica. Un intéressant rappel de l’origine du projet, des difficultés rencontrées, des relations avec les gros acteurs de la carto, de l’avenir d’OSM. Palpitant.

Et enfin – après c’est fini, promis – ce 46e épisode des Data en forme est fortement dédicacé à la sémillante Marie Coussin (#FF @mariecoussin) qui brilla de mille feux durant 18 mois sur le journalisme de données à la sauce Owni, et qui poursuit désormais sa route à elle sur d’autres jolies sinuosités. So Long, and Thanks for All the Fish.

Bonne data-semaine à tous !


Tous les épisodes précédents des Data en forme.
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Peak oil : la pénurie d’essence est déjà là… mais pas les politiques ! http://owni.fr/2010/11/23/peak-oil-la-penurie-dessence-est-deja-la-mais-pas-les-politiques-petrole-automobile-energie/ http://owni.fr/2010/11/23/peak-oil-la-penurie-dessence-est-deja-la-mais-pas-les-politiques-petrole-automobile-energie/#comments Tue, 23 Nov 2010 17:57:26 +0000 Hervé Kempf (Reporterre) http://owni.fr/?p=37253 La très forte augmentation du prix du pétrole fin 2008 et la récente grève des raffineries viennent de nous rappeler brutalement notre extrême dépendance au pétrole, et tout particulièrement aux carburants pétroliers.

Or la quantité de pétrole qui pourra être sortie du sous-sol de la planète va bientôt diminuer sans espoir de retour, et cela quels que soient les progrès technologiques et les investissements réalisés. C’est déjà le cas de la seule province pétrolière et gazière importante d’Europe, la Mer du Nord : sa production de pétrole, y compris les hydrocarbures liquides extraits de ses gisements de gaz naturel, a plafonné à environ 6 millions de barils par jour (300 millions de tonnes par an) de 1999 à 2001. Elle a maintenant diminué de 40%, malgré d’immenses progrès dans les techniques d’exploration, d’exploitation et de récupération. Car les véritables causes de ce déclin ne sont pas technico-économiques, mais géologiques : voilà en effet bien longtemps que l’on ne découvre plus assez de gisements en Mer du Nord pour remplacer les gisements qui sont en voie d’épuisement !

Pour les mêmes raisons, les productions de nombreux pays pétroliers sont déjà sur la pente descendante, et parfois depuis longtemps. C’est le cas des Etats-Unis, en son temps premier producteur mondial, dont la production a connu un maximum en 1971, puis diminué de presque moitié malgré les développements de l’Alaska et du Golfe du Mexique.

Des producteurs qui pourraient devenir avares…

La production mondiale elle-même chutera fortement dès que la production de l’Arabie Saoudite aura atteint son maximum possible ! Mais l’on observe déjà que depuis 2004, malgré la formidable augmentation des prix du pétrole qui aurait dû la stimuler, malgré également le renfort croissant des pétroles non-conventionnels (1) tels que les hydrocarbures liquides extraits du gaz naturel, les bitumes des sables bitumineux du Canada et les huiles extralourdes du Venezuela, et de celui des « pétroles artificiels » que sont les biocarburants (biomass-to-liquids, BTL) et les carburants fabriqués à partir du gaz (gas-to-liquids, GTL) ou du charbon (coal-to-liquids, CTL), la production mondiale de pétrole fluctue autour de 85 millions de barils par jour (4,25 milliards de tonnes par an) toutes catégories confondues ! La population mondiale ayant continué d’augmenter, la quantité de pétrole disponible par habitant de la planète a en fait déjà commencé à décliner !

Plus inquiétant encore, les quantités disponibles sur le marché international pour les grands pays consommateurs sans ressources pétrolières notables que sont la France et la très grande majorité des pays européens vont décroître plus vite que la production mondiale, du fait de la concurrence effrénée des grands pays émergents et de l’utilisation croissante par les grands pays producteurs de leur pétrole pour leur propre développement. Ces pays producteurs voudront aussi de plus en plus garder du pétrole en terre en prévision de l’avenir. Les quantités disponibles sur le marché pourraient ainsi diminuer d’un tiers au cours des quinze à vingt ans à venir (2), avec pour conséquence une envolée des prix !

Il est donc d’un intérêt stratégique pour la France et plus généralement pour les pays européens, de diminuer très rapidement leur consommation pétrolière, tout particulièrement dans le domaine des transports. En effet 70 % des produits pétroliers issus des raffineries sont en Europe des carburants, et les transports en dépendent à 98 % !

Les propositions pour cela sont légion : carburants d’origine non pétrolière, biocarburants (BTL), carburants produits à partir du gaz naturel (GTL), du charbon (CTL) ou des schistes bitumineux (STL) – voitures électriques ou hybrides rechargeables – voitures utilisant l’hydrogène comme carburant – transports en commun et ferroutage, etc.

L’indispensable ralentissement de la consommation pétrolière

Mais les méthodes proposées seront très coûteuses et surtout, le temps nécessaire à leur mise en place à une échelle significative sera trop important face à la rapidité du déclin annoncé des quantités de pétrole disponibles sur le marché international. Même avec un programme d’urgence (« crash program », comme disent les Américains (3)) on n’y arrivera pas. D’autant plus qu’il faut écarter résolument les méthodes qui amplifieraient la consommation des combustibles fossiles autres que le pétrole, telles qu’en particulier la fabrication à partir de ceux-ci de GTL, de CTL, de STL et d’hydrogène-carburant. En effet non seulement les émissions de gaz à effet de serre et leurs menaces sur le climat en seraient accrues, mais aussi la raréfaction de ces combustibles fossiles4 en serait accélérée.

Or il est possible de faire baisser considérablement et rapidement la consommation de carburants pétroliers des véhicules à moteur thermique par des moyens déjà à notre disposition. Cela peut se faire :

  1. par un « effort citoyen » : diminuer sa vitesse moyenne de 10 % sur ses trajets habituels, pratiquer l’éco conduite, et n’utiliser la climatisation que lorsqu’elle est vraiment nécessaire permettent de diminuer d’environ 30 % la consommation d’un véhicule. Une diminution de 5 à 10 % est encore possible en réduisant l’usage de la voiture. Ce ne sont que des efforts sur nous-mêmes, sans investissement ni technologie nouvelle. Et chacun gagnerait, en particulier financièrement, à ce que cet effort soit effectivement citoyen plutôt qu’imposé par des augmentations astronomiques de prix des carburants provoquées par une pénurie, ou par des limitations autoritaires de vitesse.
  2. par une amplification de l’effort technologique en cours : allègement des véhicules, arrêt du moteur lors des attentes (stop-start), améliorations de rendement des moteurs (downsizing, combustion homogène…) permettent déjà de diminuer de 20 % environ la consommation moyenne des véhicules ainsi conçus.
  3. par le renforcement des politiques de bonus/malus en faveur des véhicules économes.

Cela devrait permettre d’abaisser la consommation de carburants pétroliers en Europe dans des proportions suffisantes pour faire face au déclin annoncé de leur disponibilité sur le marché international au cours des vingt ans à venir. Cela donnerait aussi le temps qui autrement manquerait cruellement à l’aboutissement d’actions à plus long terme, en particulier le plein développement d’un transport électrique (véhicules légers et transports en commun) utilisant une électricité décarbonée, et une politique de la ville et des déplacements vigoureusement orientée vers un usage plus limité des transports.
Un tel activisme citoyen et une telle politique iraient dans le sens d’un renforcement économique de l’Europe et de la politique européenne de réduction des gaz à effet de serre.

Prenons garde : les envolées de prix du pétrole ont été suivies de récessions sévères dans les grands pays industrialisés, dès que la facture pétrolière a dépassé 4 ou 5 % du PIB (5) ! Trop d’attentisme dans ce domaine risque d’empêcher pour longtemps la croissance matérielle en Europe.

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Notes :
(1) On classe dans les pétroles non-conventionnels :1- les hydrocarbures liquides qui sont dissous dans les gisements de gaz naturel. Ils représentent actuellement 10 % de la production pétrolière mondiale. 2-Les pétroles dits extralourds, de très forte viscosité, le plus souvent parce que les gisements les contenant ont été portés par le jeu des mouvements tectoniques et de l’érosion à proximité de la surface, et que le pétrole qu’ils contenaient a alors été fortement altérés par l’oxygène dissous dans les eaux de surface et par des bactéries. Ils sont beaucoup plus dif ficiles à extraire que les pétroles conventionnels qui sont beaucoup moins visqueux. Leur production représente actuellement 3 % de la production mondiale. La production des pétroles artificiels représente actuellement 2 % de l’ensemble précédent.
(2) Voir par exemple Brown et al. 2010 sur le site http://www.aspousa.org
(3) Voir Hirsch 2010 sur le site http://www.aspousa.org
(4) A partir des prévisions d’évolution de la consommation mondiale sur les bases actuelles, on estime que la production de gaz naturel devrait commencer à décliner d’ici vingt ans, et celle de charbon d’ici quarante ans. La fabrication à partir d’eux de carburants ou d’hydrogène pour faire rouler les voitures réduirait très sensiblement ces délais.
(5) Voir par exemple Skrebowski 2010 sur le site http://www.aspousa.org

Article publié initialement sur Reporterre, le blog d’Hervé Kempf sous le titre L’Europe doit se préparer au choc pétrolier.

Photos FlickR CC Reto Feltz ; Ville Miettinen ; the waving cat.

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