OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’envol sous CC http://owni.fr/2010/05/03/ecrire-sous-licence-cc-au-risque-du-vol%e2%80%a6-ou-de-l%e2%80%99envol/ http://owni.fr/2010/05/03/ecrire-sous-licence-cc-au-risque-du-vol%e2%80%a6-ou-de-l%e2%80%99envol/#comments Mon, 03 May 2010 14:32:02 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=14299

Titre Original :

Écrire sous licence CC, au risque du vol… ou de l’envol ?

Passer ses textes sous licence Creative Commons, c’est bien. Je suis à peu près certains que les blogueurs sont très majoritairement favorables aux idées globales de diffusion et de liberté. Pourtant, une grande majorité des blogs ne sont surtout pas en Creative Commons. Référencement vous dites ?

C’est par ces mots que commence un billet fort incisif, “Le cocktail favori de Google : Creative Commons et duplicate content” publié par Keeg sur le blog du même nom. L’auteur entend y démontrer qu’il existe en réalité fort peu d’intérêt à placer ses textes sous licence Creative Commons, car le risque est alors grand qu’ils soient copiés et postés sur un autre site plus visible, qui captera le trafic à vos dépends et vous privera du flux de lecteurs sur votre blog.

C’est un fait que si les licences Creative Commons permettent de réserver certains droits (comme l’usage commercial ou la création d’œuvres dérivées), elles autorisent toutes la reproduction et la rediffusion des contenus , ce qui implique que les textes sous CC puissent exister en plusieurs endroits sur la Toile.

Vol ou envol ? La réutilisation des textes en ligne fait débat... (Flying books. Par Gexidaf. CC-BY-NC. Source : Flickr)

On pourrait voir cette “ubiquité numérique” des textes comme un avantage en termes de visibilité et de diffusion des idées, mais Keeg nous explique, qu’au contraire,  cette duplication des contenus (duplicate content) est susceptible de compromettre le référencement de votre site, surtout si de gros requins, comme Paperblog par exemple, spécialiste de l’agrégation de contenus extérieurs, mettent le grappin sur vos écrits. La question est visiblement controversée, notamment à propos du comportement de Google face au duplicate content et ce phénomène est susceptible de revêtir plusieurs formes, plus ou moins problématiques.

Le référencement du blog compromis…

Plutôt que de m’échiner à faire de la paraphrase, je citerais bien encore quelques lignes de plus de l’excellent billet de Keeg, mais celui-ci, fort logiquement, n’a pas placé son texte sous licence Creative Commons, ce qui me cantonne dans les limites étroites et incertaines de l’exception de courte citation.

Allez,  soyons fous ! Un paragraphe de plus quand même (il en vaut la peine) :

On peut facilement en conclure que si un site solide te pompe sans scrupule ton petit contenu de ton petit blog tout nouveau parce que tu es en Creative Commons ou que tu as donné ton accord, tu risques de te faire bien baiser pour parler crument.

Ce qui est extraordinaire, c’est que je suis tombé sur ce billet par le biais… d’un duplicate content ! Ce texte, qui s’insurge contre la cannibalisation, s’est fait pomper par le site Tunibuzz, un agrégateur de blogs, et c’est sur ce clone à la légalité douteuse que je suis tombé, car il devait être mieux référencé que l’original.

Cette preuve par l’exemple semble apporter de l’eau au moulin de Keeg, mais je voudrais prendre un instant pour expliquer pourquoi je n’abandonnerai pas pour autant les Creative Commons pour S.I.Lex et pour quelle raison j’approuve que mes écrits se dispersent sur la Toile grâce à la licence libre, quand bien même cela pourrait faire baisser le trafic sur mon blog.

J’utilise en effet sur S.I.Lex la licence CC-BY (Paternité), la plus ouverte, qui permet toutes formes de réutilisation des textes (y compris à des fins commerciales), à condition de citer Calimaq comme auteur.

Un texte qui n'attend plus qu'une licence libre pour s'envoler (Book Birds. Par photojenni. CC-BY. Source : Flickr)

Assez rapidement, j’ai eu le plaisir de constater que les libertés que je souhaitais offrir à mes lecteurs étaient effectivement utilisées et que mes billets étaient repris sur d’autres blogs, comme ici par exemple  sur le site @Brest. C’est arrivé un certain nombre de fois, jusqu’à ce que je décide volontairement de déporter une partie de mes billets (la veille hebdomadaire des Filons de S.I.Lex) vers une autre plateforme, Posterous, pour tester une expérience de dissémination.

Cette duplication volontaire a franchi une nouvelle étape lorsque j’ai rejoint la plateforme OWNI, sur laquelle je poste de temps en temps par moi-même des billets, et dont l’équipe vient chercher des contenus réutilisables sur S.I.Lex. Il arrive d’ailleurs à cette occasion que les billets soient légèrement modifiées, avec des ajouts ou des changements de titres ou d’illustrations, toutes choses que permet de faire ma licence. Le modèle éditorial d’OWNI réside principalement dans l’agrégation de contenus en provenance de blogs extérieurs, qui sont “mis en scène” d’une autre façon à bord de la Soucoupe et assemblés pour former un nouvel objet.

Depuis quelques mois, je participe également à l’initiative Revue Réseau TIC, une revue collaborative autour de l’appropriation des usages de l’Internet et du multimédia. Mise en place par l’association CRéATIF, cette revue fonctionne à partir d’un vivier de sites et de blogs à qui il est proposé de soumettre des billets à un comité de rédaction, en ajoutant un simple tag récupéré par un fil RSS. Tous les blogs contributeurs sont placés sous licence Creative Commons.

Mais élargissement du lectorat, rencontres d’auteurs…

Pour être franc, ni placer un article sur OWNI, ni le déporter sur Posterous ou Revue Réseau TIC ne génère pas vraiment de trafic en retour vers S.I.Lex. Pourtant, il est évident que cette exportation des contenus a contribué à la visibilité de mes écrits et surtout, m’a permis d’élargir mon lectorat, de rencontrer d’autres auteurs et de m’ouvrir à de nouvelles communautés.

Que cela puisse contribuer à faire baisser le trafic sur S.I.Lex m’importe peu. Et je n’ai pas l’impression que cela pénalise vraiment le positionnement de mon blog. D’ailleurs, quand j’analyse la structure du trafic vers S.I.Lex, je me rends compte qu’il ne provient que pour une part seulement des moteurs de recherche et que l’essentiel des lecteurs viennent ici en suivant des liens ou par l’effet de “référencement social” qu’occasionnent des réseaux comme Twitter. Je préfère cent fois voir un humain arriver sur mon blog parce qu’il l’a choisi ou parce qu’un de ses congénères lui a recommandé, plutôt qu’un robot l’ait mécaniquement attiré vers mes pages. Peut-être d’ailleurs est-ce la raison pour laquelle j’ai la chance de bénéficier d’un vrai dialogue par le biais des commentaires sur S.I.Lex ?

L’importance “comptable” accordée au trafic in situ qui pousse à protéger les billet est certainement à rapprocher de l’attitude de ces blogueurs qui limitent à quelques lignes les contenus que peuvent aspirer les agrégateurs de flux RSS pour être certains que les usagers cliqueront sur les liens et reviendront lire les billets chez eux. C’est particulièrement pénible pour les lecteurs, mais cela leur rapporte sans doute quelques visites de plus par mois.

De manière surprenante, les propos de Keeg me font aussi penser au conflit qui oppose Google News et la presse en ligne. Aux menaces des Murdoch et autres qui songent sérieusement à se faire déréférencer des index de Google, dans l’espoir de récupérer un trafic “détourné” par Google News.

Blogueurs : un petit fond de névrose narcissique ?

Sauf que pour l’immense majorité des blogs, la question du modèle économique ne se pose pas (ou si peu… on ne me fera pas croire que les bannières de pub’  tiennent lieu de modèle économique !) ; l’écriture sur les blogs relève encore bien plus de l’otium que du negotium et c’est peut-être le modèle égonomique des blogueurs qu’il faudrait questionner…  Se demander s’il n’y a pas un petit fond de névrose narcissique à penser  une lecture “chez soi” possède plus de valeur qu’une autre effectuée ailleurs,  à partir d’un autre site…

C’est également sans compter qu’il existe au contraire des producteurs de contenus qui jouent pleinement la carte de la dissémination, comme par exemple le site de journalisme citoyen Propublica. Placé sous licence Creative Commons sa mention légale proclame haut et fort : “Volez nos articles !” et incite ouvertement à la réutilisation des articles.

Je pense également au site Global Voices, un réseau de blogueurs qui sélectionnent et agrègent des articles produits à l’extérieur, tout en apportant une véritable valeur ajoutée en traduisant les billets dans plusieurs langues (celui-ci par exemple, excellent). S’ils peuvent le faire, c’est justement parce que les licences Creative Commons permettent aussi par défaut l’adaptation des textes et donc leur traduction.

Vouloir utiliser le droit pour épingler les contenus à un endroit sur la Toile et un seul, c’est certainement passer à côté d’une des évolutions majeures du web, qui fait justement que la notion même de “lieu” est en train de se dissoudre au profit de quelque chose d’infiniment plus fluide. Il faut relire à ce propos le billet de Thierry Crouzet “Vers un web sans site web”, qui souligne l’importance de la dissémination et redéfinit le blog comme un propulseur :

L’idée d’un lieu de lecture privilégié et monétisable, le site web, est révolue. Nous avons des sources d’informations, les blogs par exemple, qui propulsent l’information pure dans le cyberspace. Puis elle circule, s’interface, se représente, se remodèle. Elle n’a plus une forme donnée, une mise en page, mais un potentiel formel qui peut s’exprimer d’une infinité de façons. Je me moque de la forme originelle quand je lis sur un agrégateur, éventuellement ouvert sur mon mobile.

[...] Nous allons pousser des données dans le flux global. Certains d’entre nous se contenteront de régler la tuyauterie, d’autres d’envoyer avec leur blog des satellites en orbite géostationnaire, d’autres de courts messages microblogués, juste des liens, des sourires, des impressions pendant que d’autres expédieront des vaisseaux spatiaux pour explorer l’infini, des textes longs et peut-être profonds.

Le temps des propulseurs est venu.

Pour accompagner ce mouvement, les Creative Commons demeurent la solution juridique la plus simple et la plus efficace afin de fluidifier les usages, tout en permettant aux auteurs de maîtriser la libération opérée, par une modulation des droits offerts au public.

Accepter d'ouvrir les textes : un geste naturel ? Pour certains, mais pas pour d'autres. (Open Book of Nature/Fougère nid d'oiseau. Par Boulumix. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr)

Et certains ont bien compris l’intérêt qu’il pouvait trouver à faciliter la réutilisation et la circulation de leurs créations en ligne. Je dois avouer que j’ai été très heureux  de voir par exemple l’auteur de science-fiction Lionel Davoust, proposer ce mois-ci plusieurs de ses écrits sous licence Creative Commons. Lionel est venu plusieurs fois dialoguer ici, dans les commentaires de S.I.Lex, pour affirmer son attachement au droit d’auteur, et notamment au droit moral (voyez sous ce billet). Nous n’avons pas toujours été d’accord, mais je ne peux que respecter ce genre de positions sincères. Il est d’autant plus intéressant de le voir aujourd’hui faire le choix des licences libres pour expérimenter, de manière maîtrisée, de nouveaux modes de diffusion de ses œuvres (et du coup, son – excellent – blog est  passé lui aussi en CC !).

On a pourtant parfois le sentiment que le syndrome d’Harpagon sévit encore lourdement sur le web et qu’il va se loger jusque dans les choses les plus infimes. Il existe ainsi une ribambelle d’outils pour détecter le plagiat en  ligne que ce soit pour les textes ou les images ; mais on en trouve aussi pour surveiller si personne ne vous pique vos tweets ! Jusqu’où va se loger le délire d’appropriation !

Profitons bien au contraire de la fluidité que nous offre encore le web, car il se pourrait que les textes deviennent infiniment moins libres lorsqu’ils migreront en masse vers des outils comme l’iPad. Je vous recommande à cet égard de lire cet article de Cécile Dehesdin, qui montre comment la nouvelle tablette miracle pourrait rapidement se transformer en un “ennemi du mot”, qui bloquera des opérations aussi élémentaires que le copier/coller, l’envoi par mail ou le lien hypertexte.

Et l’auteur de prédire que se prépare : “une bataille sur l’écrit en ligne: d’un côté, la tentation de recouvrir les mots d’une couche de verre protectrice, et de l’autre, l’acceptation du fait que l’on a tous à y gagner si les mots ont le droit de former des réseau.

Former des réseaux avec les mots, c’est l’essence même de l’art de bloguer ; la couche de verre n’est peut-être pas tant dans les outils que dans l’esprit de ceux qui voient la réutilisation des contenus comme une forme de vol, plutôt qu’un envol…

Pour joindre le geste à la parole, je vais m’empresser d’aller poster ce billet sur Owni et de le proposer à Revue Réseau TIC.

Et si par hasard, vous souhaitiez le reprendre, inutile de me le demander : faites-le !

Car j’écris sous licence libre et il ne pourrait plus en être autrement…

Billet initialement publié sur :: S.I.Lex ::

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Un nouveau job pour les journalistes au chômage http://owni.fr/2009/11/04/un-nouveau-job-pour-les-journalistes-au-chomage/ http://owni.fr/2009/11/04/un-nouveau-job-pour-les-journalistes-au-chomage/#comments Wed, 04 Nov 2009 10:52:02 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=5146 propulseur

Quoi qu’il advienne, nous resterons des consommateurs d’information, de cette information multidimensionnelle qui se présente dans une infinité de contextures, du livre aux brèves sur les chiens écrasés. Nous ne pouvons pas faire autrement. Les neurologues ont découvert que, quand nous apprenons quelque chose de nouveau, notre cerveau active les mêmes zones que lorsque nous prenons des drogues comme l’héroïne. Nous nous shootons à l’info. Nous sommes des infovores.

C’est une bonne nouvelle pour les producteurs d’information. Ils auront toujours une place dans la société mais quid des entreprises qui les emploient ? Leur situation est dramatique. Les journaux qui ont eu tant de mal à migrer sur le web, qui n’y ont jamais trouvé de modèle économique, voient avec le passage au flux les vestiges de leur monde partir en fumée. Les articles s’échappent. Avalés par des moteurs de recherche, recrachés dans les lecteurs de flux, repris dans d’autres sites, notamment les réseaux sociaux, ils se propagent dans le cyberspace, incapables de rester immobiles.

Protectionnisme oblige, les médias emploient une stratégie désespérée. Ils refusent la fluidification. Ils distribuent uniquement des résumés de leurs contenus pour attirer les lecteurs à la source. Mais pourquoi nous déplacerions-nous ? Pour un scoop ? Pour apprendre la mort de Michael Jackson ? Trop tard, nous le savons déjà. Pour une analyse profonde ? Mais comment estimer cette profondeur ? Que disent nos contacts sur le réseau ? L’information étant résumée elle est arrivée jusqu’à eux noyée dans les informations intégrales, associées à leur flot de commentaires. Seuls quelques propulseurs la repèreront et remonteront à la source. Parfois ils réussiront à attirer notre attention, le plus souvent ils ne seront pas assez nombreux pour activer notre sérendipité.

Refuser la fluidification dans un monde où tout se fluidifie revient à se laisser submerger par la vague. Dans le flux, les média au nom de leur marque n’ont pas la force de faire émerger un contenu hors de l’eau. Seuls les propulseurs savent attirer l’attention de leur communauté. Les journalistes doivent endosser ce nouveau rôle. Ils doivent non seulement produire l’information mais aussi la pousser sur le réseau. C’est à partir des amis qu’une information commence sa vie dans le flux. Terminé le temps où on envoyait un pétard et où on attendait qu’il explose.

Les médias sont très mal armés pour ce travail. Ils ne peuvent propulser tous leurs contenus qui, chacun, se dirige vers des communautés différentes. Trop longtemps, les médias ont refusé d’admettre que le web était un monde de connexions. Ils sont restés dans l’optique « je suis la voix officielle », cette voix d’autant plus forte dans les régimes totalitaires. Pendant ce temps, tout le monde s’était mis à parler à tout le monde, à parler à travers les réseaux sociaux, créés de proche en proche, par l’effort individuel des hommes plus que des entreprises spécialisées dans la distribution.

Celui que jadis on appelait journaliste a pourtant un nouveau rôle à jouer. Être justement un créateur de liens. Il peut devenir le charpentier de la nouvelle société. Le défricheur des routes de communication qui permettent à l’espace public d’émerger par focalisation du travail de millions de propulseurs.

Certains parlent de journalisme de liens. Il s’agit de trier l’abondance, de compiler pour sa communauté l’information qui l’intéressera, d’injecter dans son réseau les liens qui font sens pour elle. Toute une économie doit se réinventer. Nous retrouvons une configuration en partie explorée par Courrier International. Le journal lui-même ne produit pas l’information brute, il la récolte ailleurs et la structure pour son lectorat.

D’un côté, nous avons des créateurs d’information, ils la propulsent puis d’autres propulseurs se joignent à eux. De l’autre côté, l’éditeur n’est plus celui qui commande ce qui va être écrit, filmé, photographié… mais celui qui dans le flot de tout ce qui est diffusé pêche ce qui intéresse la communauté à laquelle il s’adresse.

Gandhi, qui a aussi été un homme de presse, écrit dans son autobiographie : « Dès la naissance de Indian Opinion, je me rendis compte que le journalisme avait pour but de servir. La presse représente une puissance considérable ; mais, de même qu’un fleuve déchaîné submerge des campagnes entières et ravage les révoltes, de même une plume sans contrôle ne peut que tout détruire. Si le contrôle vient de l’extérieur il est encore plus nocif que s’il n’y en avait pas. Pour être profitable il doit être exercé par celui-là même qui écrit. Si cette ligne de conduite est correcte, combien de journaux au monde résisteraient à ce critère de sélection ? Mais, tout d’abord, qui se chargerait de supprimer les feuilles inutiles ? Et qui choisir comme juge ? L’utile et l’inutile doivent aller de pair, tout comme le bien et le mal en général. C’est à l’homme qu’il revient de choisir. »

Gandhi parle du journalisme comme d’un service. Selon cette perspective, le journaliste passe du début de la chaîne à la fin de la chaîne. Il doit se réinventer en comprenant que sa fonction n’est autre que de filtrer le flux qui irrigue son réseau. Sa valeur ajoutée n’est plus de faire l’information mais de la pousser un peu plus loin, un peu plus près de ceux qui le suivent. Ainsi le journaliste devient un propulseur comme un autre. Alors parler de chaîne médiatique n’a plus aucun sens. Chaîne évoque la chaîne de montage et le modèle productiviste étranger au flux. L’information comme l’eau s’écoule, s’évapore, regagne la source. Le propulseur se trouve partie prenante d’un cycle sur lequel il peut intervenir en de multiples points.

Les grands reporters ont souvent travaillé selon cet esprit, partant parfois en reportage sans commande, poussés par la nécessité, puis trouvant le moyen de diffuser leur travail. Aujourd’hui, ils inspirent tous les propulseurs. Un blogueur écrit ce qu’il désire. Si les gens aiment ce qu’il écrit, ils le reprennent, ils lui donnent une audience. Des services d’agréation peuvent l’intégrer à leur offre, monnayer son texte, le rémunérer. Certains ainsi deviennent des professionnels, d’autres restent des amateurs. Et c’est une autre histoire, aussi vieille que le monde.

PS : Texte viré de mon prochain livre, trop en rupture avec le ton du reste. J’écris pas un livre pour dire aux médias et aux journalistes ce qu’ils doivent faire mais pour essayer de comprendre comment on vit dans le monde du flux. En l’occurrence, dans le chapitre Après la presse, comment on s’informe (le sujet n’est pas comment on fait l’information).

» Retrouvez l’article original et ses commentaires sur Le Peuple des Connecteurs

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De la civilisation de l’écrit à la civilisation du flux http://owni.fr/2009/10/26/de-la-civilisation-de-l%e2%80%99ecrit-a-la-civilisation-du-flux/ http://owni.fr/2009/10/26/de-la-civilisation-de-l%e2%80%99ecrit-a-la-civilisation-du-flux/#comments Mon, 26 Oct 2009 17:06:37 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=4946 Le Flux

Je commencerai mon prochain livre par quelques définitions comme j’ai pris l’habitude de le faire depuis Le peuple des connecteurs. Suite à vos commentaires, exigeant plus de rigueur, je me propose de définir le plus brièvement possible ce que j’entends par Mythe, Histoire, Flux, Propulseur… Ces définitions sont en chantier et je les modifierai au besoin (et suite à vos réactions). Je complète la définition commune par celle que j’utiliserai ici et dans le livre.

Mythologie 1. Ensemble des mythes et des légendes propres à un peuple, une religion, une civilisation… 2. Étude des mythes. 3. Ensemble des croyances se rapportant à la même idée et s’imposant au sein d’une société : le mythe de la mode décrit par Roland Barthes. Par extension (avec une majuscule) : partie de la vie de l’humanité où les informations se transmettaient principalement par la parole.

Histoire 1. Partie de la vie de l’humanité connue par des documents (écrits, sonores, visuels…). 2. Suite des évènements qui ont marqué une période (pour l’École des Annales tous les évènements sont importants mêmes ceux a priori anecdotiques). 3. Science qui étudie le passé de l’humanité. Par extension (avec une majuscule) : partie de la vie de l’humanité, située après la Mythologie, où l’information se transmet par la parole mais aussi par des documents.

Flux (1306 ; du latin fluxus qui signifie écoulement). 1. Écoulement d’un liquide quelconque hors de son réservoir habituel. 2. Marée montante. 3. Le flux impétueux de la foule. 4. Flux lumineux : quantité de lumière émise par une source lumineuse dans un temps déterminé. Par extension : écoulement de l’information ainsi que l’information elle-même qui évolue en temps réel. Exemple : sur un blog, les commentaires ne cessent d’enrichir le texte initial, notamment quand l’auteur participe à la conversation.

Flux (avec une majuscule). Partie de la vie de l’humanité, située après l’Histoire, où l’information se transmet par la parole, des documents statiques et des documents qui évoluent en temps réels.

PROPULSEUR Qui transmet le mouvement. (1846) Engin de propulsion assurant le déplacement d’un bateau, d’un avion, d’un engin spatial. Par extension : celui qui crée le flux d’information, le met en mouvement, le filtre, le redirige, l’enrichit, le fusionne à d’autres flux… Exemples : commentateur, écrivain, journaliste, éditeur, blogueur, microblogueur, artiste, philosophe, scientifique… tous ceux qui ont quelque chose à dire ou à partager, une grande idée comme un sourire.

L’écrit est à l’Histoire ce que le flux est à la nouvelle époque. Parler d’époque peut d’ailleurs être trompeur. Comme la Mythologie se continua dans l’Histoire, la Mythologie et l’Histoire se continuent dans le Flux (j’espère que mon graphique le fait bien comprendre). De nouvelles possibilités s’ajoutent qui ne font pas disparaître les anciennes.

Quand je propose de sous-titrer mon livre « De la civilisation de l’écrit à la civilisation du flux », je n’oppose pas le flux à l’écrit, encore moins à la parole. Je cherche juste à définir une civilisation par ce qu’elle montre de nouveau. Ainsi durant l’Histoire, même si l’écrit était bien présent, pendant très longtemps les hommes furent illettrés. La Mythologie était toujours là et elle sera toujours là. On ne l’oublie pas en chemin comme on n’oubliera pas en chemin l’écrit.

Par Histoire, je ne parle donc pas de cette science que font les historiens mais d’une « époque ». Je sais bien que les historiens ont cessé de voir le passé comme quelque chose de figé et que, pour eux, il n’est plus gravé dans le marbre. Qu’il faut sans cesse le réécrire en fonction des documents disponibles et des nouvelles analyses effectuées. Dans le Cinquième pouvoir, j’ai consacré un chapitre à ce sujet en discutant de la bataille de Borodino.

L’idée que le passé n’est pas figé dans le marbre remonte notamment à Darwin et aux tenants de la théorie de l’évolution. Le passé a beau s’être déroulé d’une façon donnée cette façon ne nous sera jamais complètement connue. Cette incertitude implique la nécessité de sans cesse revoir sa copie.

Pour ma part, je m’intéresse au temps présent, au temps vécu. Ce n’est pas parce qu’un historien réécrit l’histoire, qu’il lui attribue un caractère liquide, que les hommes qui vécurent dans le passé expérimentèrent le flux (franchement je ne vois pas le rapport). Le flux ne s’éprouve qu’avec le temps réel offert par les nouvelles technologies (c’est la parole et la pensée qui se fixent sans se solidifier).

Il y a l’acte de parler, l’acte d’écrire, l’acte de propulser… c’est de ce troisième acte que nait le flux en renouvellement continu. Écrire correspond à propulser. Si je voulais être rigoureux je devrais dire « De la civilisation de l’écrit à la civilisation de la propulsion ». Ça ne sonne pas bien il me semble.

» L’article original et la conversation qui s’ensuit sur Le Peuple des Connecteurs

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Finkielkraut : Internet, lieu de la liquéfaction http://owni.fr/2009/10/13/finkielkraut-internet-lieu-de-la-liquefaction/ http://owni.fr/2009/10/13/finkielkraut-internet-lieu-de-la-liquefaction/#comments Tue, 13 Oct 2009 21:17:47 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=4593 « Vous êtes tous pourris, vous avez compris ? Vous êtes en état avancé de décomposition. Vous n’existez même pas. » Voici comment je pourrais résumer la pensée de Finkielkraut au sujet du Net après avoir écouté son entretien avec Pierre Lévy organisé par Michel Alberganti sur France Culture.

Mise en garde. Ma lecture est biaisée. Je suis en train d’écrire un livre sur la fluidification de l’information, de la société et de l’homme. Pour moi, c’est un phénomène en grande partie positif, même s’il engendre pas mal de bouleversements (mais le bouleversement est-il négatif ?).

Quand Finkielkraut s’exclame que « Le net est le lieu de la liquéfaction. », je ne peux qu’être d’accord mais, contrairement à lui, je ne trouve pas ça catastrophique. Deux visions s’opposent. On revient à l’éternel débat entre essentialistes et anti-essentialistes.

De l’auteur

En 2001, Finkielkraut écrit : « Il y avait l’autorité du prêtre, il y avait l’autorité du maître, il y avait l’autorité de l’auteur : tous ces surmois sont engloutis dans le grand pêle-mêle numérique. » Bonne analyse mais c’est pas une catastrophe. Au contraire. L’autorité n’est plus nécessairement concentrée dans une personne, bien qu’elle puisse encore l’être ; elle peut aussi se distribuer dans un groupe qui a la particularité de ne pas être centralisé (s’il l’était on se retrouverait dans l’ancien paradigme).

Arrive l’idée d’intelligence collective de Pierre Lévy. Un groupe de gens qui interagissent, partagent des connaissances, discutent, aboutissent collectivement à une forme d’expertise. D’une certaine façon, nous en sommes là sur ce blog. Les uns viennent rappeler les ignorances des autres, apporter des pistes de lectures… et peut-être que ça nous fait avancer. En tous cas ça me fait avancer autant que de lire des experts ou même des auteurs auréolés de leurs césars.

Je ne dis pas que les experts comme les auteurs n’ont plus d’importance, je dis simplement que des collectifs peuvent aussi produire une expertise et, pourquoi pas, une œuvre. Qui nous dit que les flux de certains blogs ne seront pas plus tard considérés comme des œuvres.

Franchement, si dans cent ans nos descendants relisent nos échanges, je pense qu’il y aura de quoi se marrer et de toucher à quelques unes des particularités de notre temps, plus que dans n’importe quel roman à la noix publié aujourd’hui. Nous n’avons pas l’once d’un outil critique pour juger ce que nous sommes en train de produire. Je crois que nous pouvons voir l’ensemble des contenus postés sur un blog comme une œuvre collective. La recherche du temps perdu du vingt-et-unième siècle est peut-être là.

Bien sûr que nous avons besoin des œuvres pour nous construire mais ces œuvres ne sont plus nécessairement l’œuvre d’un homme en particulier. C’est d’ailleurs un truisme. Une ville est une œuvre, une œuvre collective, tout comme de nombreux bâtiments. La culture humaine est une œuvre collective. La Bible est déjà une œuvre collective.

De la démocratie

Pour Finkielkraut, le concept d’intelligence collective est éminemment démocratique, d’une démocratie qui serait extrémiste et populiste. Il confond égalité et liberté.

Les fourmis développent une forme d’intelligence collective sans que nous ayons besoin de parler pour elles de démocratie. Pour moi, il n’y a aucun lien entre les deux concepts, aucun amalgame possible. Une équipe de foot développe une intelligence collective, un peloton de cyclistes aussi tout comme des oiseaux qui volent en flotte.

Il y a intelligence collective quand des agents coopèrent et produisent ensemble quelque chose que seuls ils ne pouvaient réaliser (l’intelligence ne poursuit pas ce qui est bien – notion trop humaine). Wikipedia est en ce sens le fruit d’une intelligence collective et elle dépasse toutes les encyclopédies créées par des intelligences collectives qui reposaient sur des groupes beaucoup plus réduits. Le web résulte d’une intelligence collective gigantesque qui nous permet de lier entre eux toutes nos connaissances.

La liberté est dans ce cas fondamentale : chacun a le droit de lier entre elles les informations qu’il désire sans rien demander à personne. Donc la démocratie favorise a priori l’intelligence collective, elle lui donne plus d’ampleur et nous pouvons rêver de plus de démocratie pour aboutir à plus d’intelligence collective.

De l’intelligence

Pour Finkielkraut, le monde de l’intelligence ne serait pas égalitaire, la démocratie ne s’y appliquerait pas. Oui mais quel rapport avec le net ? Il explique que dans le domaine de l’intelligence, du génie, du talent… il y a des hiérarchies.

Soyons clair, ces hiérarchies sont toutes relatives. Les auteurs qu’on place au pinacle à quinze ans ne sont pas les mêmes que ceux qu’on choisit plus tard. Quel serait l’âge idéal pour définir la hiérarchie idéale ? On voit tout de suite dans quel embarras on se trouve.

Finkielkraut semble surtout ignorer que le web est hiérarchisé : popularité, autorité, tagué… Sans ces hiérarchies, il n’y aurait pas de Google. Mais ces hiérarchies sont relatives soit à des algorithmes, soit à des classements manuels. Ces hiérarchies cohabitent, se concurrencent.

Le web n’est pas un monde égalitaire mais un monde de liberté. Je ne vois pas de rapport entre égalité et liberté. C’est la démocratie qui tente de lier les deux concepts mais le web n’est pas démocratique. Il est fraternel peut-être, libertaire à coup sûr, mais pas égalitaire. Deux hiérarchies ne se valent pas, ça n’a tout simplement aucun sens de les comparer.

Du fleuve

Finkielkraut a peur de la surproduction engendrée par le web, de cette vague gigantesque qui noie tout. N’a-t-il pas peur d’être noyé lui-même ? Bien sûr qu’il est plus difficile que jamais d’émerger, bien sûr que le populisme favorise les œuvres les plus faciles (celles de Finkielkraut justement)… mais est-ce différent d’avant ? Flaubert ne cesse de se plaindre des imposteurs de son temps. Déjà il y avait assez de médiocres pour ensevelir les génies. Rien de neuf. On a juste changé d’échelle tout en inventant des outils de filtrage pour naviguer dans cet océan.

C’est ça qui énerve le plus les apparatchiks. On n’a plus besoin qu’ils servent de phare pour retrouver notre chemin. On peut établir nos hiérarchies, on peut explorer la longue traîne. Et si des œuvres géniales existent, nous finiront par les pêcher.

Finkielkraut ne supporte pas cette idée qu’il peut exister des propulseurs, des manipulateurs d’œuvres, des remixeurs… il rêve encore d’un temps où l’œuvre avait une réalité quasi idéale. « Tout devient manipulable, mais ça fait peur, dit-il en gros. Que le gouvernement ait ce pouvoir, c’est une chose. Mais que tout le monde l’ait aussi, c’est terrible. » Je trouve pas ça terrible. Nous jouons enfin à armes égales. Nous ne sommes pas égaux, loin de là, mais nous avons accès au même arsenal.

Dans mon prochain livre je cite Bruce Chatwin. « Les nomades n’ont pas de domicile fixe en tant que tel. Ils compensent cette absence en suivant des sentiers de migration immuable. » Ce qui se passe sur le web est de cet ordre là. Nous avons tout simplement changé de représentation du monde. L’espace web existe comme les sentiers de migration. On peut se repérer par rapport à lui comme le navigateur par rapport aux côtes. On parle de flot et de flux mais aussi de fleuve. Or le fleuve, c’est l’eau qui s’écoule en même temps que la berge. Nous construisons notre berge en traçant des liens qui dans notre monde ont une réalité incontestable. Le solide existe, il a simplement changé de nature. Faut regarder au bon endroit.

De la régression collective

Pour finir Lévy, qui dans ce débat parle peu mais parle juste, résume la position de Finkielkraut. « Tout ce que vous dites contre Internet d’autres l’ont dit avant vous contre l’écriture, contre l’imprimerie, contre les calculatrices de poche… » Finkielkraut s’exprime comme un disque rayé. Il prend un texte de la renaissance, par exemple De laude scriptorum manualium de Johannes Trithemius en 1492, et il remplace imprimerie par internet et le tour est joué.

L’homme parle bien, il tient le crachoir. Favorisé par Alberganti, il ne fait que nous dispenser son conservatisme affligeant. Faisant l’éloge de la difficulté, l’opposant à l’instantanéité. Si ce n’est pas un reliquat de ce vieux réflexe franchouillard : il faut en chier pour réussir ? Comment penser un monde réticulaire quand on est incapable de concevoir autre chose qu’une société pyramidale, où l’école n’a d’autre but que d’amener une élite au sommet de la pyramide ?

Finkielkraut se lance ensuite dans un éloge de la pluralité. Or, la pluralité, l’individualisme, l’individuation ne peuvent se développer qu’avec la liberté (démonstration dans le chapitre 4 de mon prochain livre). Justement, Internet nous laisse espérer un accroissement de cette liberté. L’idéal de Finkielkraut ne peut être poursuivit que par l’outil même qu’il dénonce, outil qui s’inscrit dans une longue tradition qui remonte au tout début de l’écriture et même avant… dénoncer la technique est ridicule, le livre est une simple interface de lecture, une technique comme une autre.

Finkielkraut a le toupet de se placer en défenseur de la diversité alors qu’il donne sa définition à toute chose, puis bâtit son raisonnement sur sa définition… même après qu’elle ait été mise en cause par Lévy qui, de temps en temps, ricane. Quelle patience. J’aurais pour ma part explosé et détruit le studio de France Culture. Bel exercice de rhétorique mais qui a dû séduire pas mal d’auditeurs encore une fois.

Finkielkraut inénarrable s’attaque à la notion d’information… prétendant que tout ne peut pas être information. Mais dans quel cadre référentiel se place-t-il ? Pour un religieux bien sûr Dieu n’est pas information, Internet ou pas d’ailleurs. Pour un physicien, certains d’entre eux en tout cas, c’est un peu plus facile d’imaginer que tout est information.

Finkielkraut finit par avouer qu’il ne sait pas surfer, qu’il ne sait pas se servir de l’outil… et que tout son discours ne fait que révéler sa peur et son ignorance. Il aurait pas pu commencer comme ça notre philosophe. « J’ai la trouille, j’y comprends rien, j’ai l’impression que le monde que j’aime fout le camp. » Au lieu justement de nous parler de lui, de ses tripes, de ce qui à la limite n’est pas information, il tente de construire un discours vide car il n’a pas l’expérience de ce dont il parle. Il évoque l’ascèse, l’étude. Mais sait-il vraiment ce qu’est l’ascèse, sait-il ce qu’est une véritable expérience philosophique ? Je laisse le mot de la fin à Lévy.

Ce que j’envisage de construire, et d’autres avec moi, c’est une planète où les traditions peuvent se rencontrer et dialoguer. Ce n’est absolument pas un univers de consommateurs comme vous persistez à le dire.

J’ai envie de courir au Canada embrasser Pierre Lévy.

PS : La position de Finkielkraut est en fait parfaitement logique. Comme il ne maîtrise pas internet, il ne peut pas le défendre. Comme il aime donner son avis sur tout, il ne peut donc que critiquer internet

> Lire l’article original, et la conversation qui suit, sur Le Peuple des connecteurs

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Danger : Information Overload http://owni.fr/2009/09/13/danger-information-overload/ http://owni.fr/2009/09/13/danger-information-overload/#comments Sun, 13 Sep 2009 17:23:12 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=3580 overloadDans une économie de flux, une économie de l’abondance et de la libre circulation de l’information, comment éviter l’indigestion, comme éviter d’exploser d’information overload ?

Pour créer le flux, le propager, le manipuler, il faut des propulseurs. Mais comment ils propulsent, en se connectant. On ne peut propulser quelque chose que si on a construit une communauté. Et on construit une communauté en propulsant vers elle des informations intéressantes.

On propulse en connectant. On connecte en propulsant.

Parce qu’on appartient à des communautés, on ne reçoit par défaut que les informations filtrées par ses communautés. Par exemple, on peut ne lire que quelques uns des articles sélectionnés par des followers twitter et ceux des sources qu’on a soi-même qualifiées.

Être connu, être visible, tout cela dépend de la communauté du propulseur et de celles des propulseurs qui s’intéressent à lui.

Dans cette nouvelle économie, les écrivains, les journalistes, les artistes… doivent devenir des propulseurs. Leur engagement ne se limite pas à lâcher un flux qui ira se perdre dans le cyberspace. Ils doivent participer à la vie de leur flux comme nous autres blogueurs le faisons, plus ou moins intensément.

C’est un travail de tous les instants. Il m’amuse même si je suis loin d’être le plus diligent (je l’ai été au début de ce blog, traquant la moindre citation, répondant…). Mais ce travail n’est pas inutile pour le créateur, il participe à la création elle-même, dans un processus relativement nouveau.

Certains propulseurs réussiront alors à construire une communauté suffisamment motivée pour qu’elle puisse leur verser assez de revenu, faisant d’eux des professionnels. Les autres resteront amateurs.

Il ne faut pas oublier que peu d’écrivains ou de musiciens vivent de leur art. Les choses évolueront car le système de don devrait être basé sur la transparence. On pourra alors savoir quand un propulseur atteint son objectif de revenu. Plutôt que lui donner à lui, on en récompensera d’autres. C’est ainsi que nous automatiseront la répartition des revenus.

Il est clair que c’est une vision plutôt en désaccord avec le capitalisme mais aussi avec le socialisme, puisque la répartition peut s’effectuer sans engagement fort de l’État.

Les tenants de l’infrastructure numérique, aujourd’hui opérant suivant le capitalisme traditionnel, laisseront-ils faire ? Je pense que cette évolution sera progressive. Dans un premier temps uniquement à travers les données dématérialisables. Donc pas de danger immédiat pour les FAI même si à terme c’est le capitalisme qui n’y survivra pas.

D’un autre côté, si les opérateurs mettent des freins, nous risquons de vivre une situation conflictuelle. Ceux qui commenceront à nous restreindre se feront boycotter. Si toute l’industrie se met d’accord, ce sera une véritable guerre, une guerre entre deux modèles de société dont Hadopi aura été une des premières escarmouches.

Dans un monde qui souffre du matérialisme, un seul camp a la possibilité de l’emporter, celui favorable à l’économie des flux. Si le camp matérialiste emporte la guerre, celui de la rareté chère, j’ai bien peur que l’humanité telle que nous la connaissons, déjà plus que perfectible, n’y survive pas.

Mais je suis optimiste. Si l’économie des flux fait ses preuves, si les gens s’y trouvent plus heureux, même les opérateurs seront attirés vers elle. S’ils y gagnent, et ils devraient y gagner grâce au nombre croissant de propulseurs, ils imposeront à leurs concurrents de les suivre. Ainsi nous pourrions assister à une transition pacifique.

PS : j’ai écrit ce billet en réponse à un commentaire de Pierre-Alexandre Xavier.

> Article initialement publié sur le Peuple de Connecteurs

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